lundi 10 décembre 2007

Théâtre: Kiss Bill en 5 temps

Réplique toute en douceur au célèbre réalisateur Quentin Tarantino: la metteure en scène et chorégraphe Paula de Vasconcelos l’affronte en duel dans cette création fleur bleue. À l’Usine C jusqu’au 15 décembre 2007.

Qu’est-ce que c’est?

Une pièce à mi-chemin entre le théâtre et la danse. Alors qu’Alexandre Goyette nous charme avec ses quelques pas de danse, Sylvie Moreau nous épate en ninja. On nage en quelque sorte dans un film d’action, manque seulement le pop corn extra beurre aromatisé au cheddar suisse.

Une larme pour:

Sylvie Moreau, interprétant la chanson Bang Bang (My baby Shot me Down) de Sonny Bono. On n’aura peut-être pas vu ses talents en danse, mais un bref instant, on l’a imaginée chanter l’hymne national avant un match Canadien vs. Maple Leafs.

On se rince l’œil avec:

Les quatre danseurs masculins. On salue le choix de Paula de Vasconcelos. Et on ne se gêne pas pour avouer notre petit faible pour le plus petit (mais non le moindre!) d’entre eux, Kleber Candido. Pour la gente féminine, rien n’est perdu: il y a de quoi s’émouvoir devant la raffinée Natalie Zoey Gauld.

Grande déception:

Ils ne s’embrassent pas à la fin. Pourtant, tout était réuni pour terminer avec un baiser: Alexandre Goyette, dans le rôle du cinéaste, avait tout du Tarantino endurci qui succombe finalement à la belle et sensuelle jeune femme (Natalie Zoey Gauld). Mais non, ce n’est pas un remake de La Belle et la bête, quoique…

Dernière chanson:

Vous êtes seuls mais je voudrais être avec vous, de Nina Simone. Un cri ultime, un brin naïf, comme si l’amour pouvait changer n’importe quel enfer en verte prairie où gazouillent les oiseaux et dansent les brebis.

Si vous avez aimé, nous vous suggérons:

Les textes d’Évelyne de la Chenelière, qui signe le poème de l’amour dans la pièce Kiss Bill. Pour goûter à sa poésie, je vous conseille Des fraises en janvier. Comme remontant, Désordre public, un texte lucide qui a l’effet d’une claque.

Kill Bill I et II, de Quentin Tarantino. Si vous ne les avez jamais vu (mais où étiez-vous ces dernières années?), vous pourrez mieux comprendre l’obsession de Vasconcelos pour Tarantino. Et pour les autres, c’est toujours mieux que de se taper une heure de métro aller-retour juste pour le fun.
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Ce texte a été publié dans le webzine P45 (http://www.p45.ca/)

samedi 1 décembre 2007

Théâtre : Rhinocéros en 5 temps

Rhinocéros, dans une mise en scène de Jean-Guy Legault, transposé – et actualisé – dans une tour à bureaux, à mi-chemin entre le World Trade Center et le Zoo de Granby. Au TNM, jusqu’au 19 décembre 2007.

Personnage le plus attachant:

Benoît Girard, dans le «rôle du vieux monsieur», tellement un petit rôle que l’on n’a pas cru bon de lui donner un nom.

Place à l’amélioration:

Marc Béland se transformant en rhinocéros. On l’attendait avec impatience, cette transformation de Marc Béland en pachyderme. Un peu décevant pour un comédien de la trempe de Marc Béland.

Place à l’amélioration aussi pour la mise en scène de Legault. Une mise en scène débridée dont on ressent malheureusement un certain essoufflement (l’image du pacemaker dont les piles sont à terre conviendrait à merveille) vers le milieu de la pièce, sauvée de justesse (le pacemaker rechargé à même une batterie de char) par la prestance d’Alain Zouvi.

Coup de coeur:

Ce cher Alain Zouvi! Il vole carrément la vedette à Marc Béland, à un point tel que l’on se demande pourquoi ce n’est pas lui qui est sur les affiches promotionnelles.
On n’a d’autre choix que d’acquiescer à ce que dit Lorraine Pintal, directrice du TNM: «[…] le monologue final de Bérenger […] est un véritable morceau de bravoure existentielle». Et j’ajouterais: une bravoure existentielle digne d’un orgasme (ça se peut?).

Dernière réplique:

Bérenger qui s’écrie: «Je ne capitulerai jamais!».

Ne pas aller voir:

Si vous êtes hypocondriaque. Vous risquez de passer les prochains jours à avoir peur d’attraper la «rhinocérite»…

Rhinocérite: n.c.f., maladie de l’âme qui se caractérise par une transformation physique de l’individu en un pachyderme. Symptômes: couleur verdâtre, corne s’élevant au-dessus du nez, perte d’identité et consentement volontaire, mais irréfléchi, de se fondre dans la masse.

Si vous avez aimé, nous vous suggérons:

Ikea. Quelques heures de magasinage dans le magasin suédois – qui soustraite depuis peu en Chine –, vous permettront de dénicher plusieurs accessoires du décor de la pièce. Juste si vous y tenez.

La pièce Théâtre extrême, si elle reprend l’affiche. Présentée l’été dernier au Théâtre d’Aujourd’hui, cette pièce présente la première course à la chefferie du nouveau Parti Populaire du Québec. Écrite et mise en scène par Jean-Guy Legault, elle lui valut tous les honneurs. Mon coup de cœur de l’été.

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Ce texte a été publié dans le webzine P45 (http://www.p45.ca/)

Théâtre : Comment j’ai appris à conduire en 5 temps

Amorcé en 2006, le Cycle états-unien du Théâtre de l’Opsis se poursuit avec un texte signé Paula Vogel, qui lui valut le Pulitzer en 1998. Une rencontre avec nos voisins du Sud, à l’Espace Go jusqu’au 8 décembre 2007.

Thème exploré (voire effleuré):

La pédophilie. Les sujets controversés siéent bien à l’auteure Paula Vogel, qui les aborde avec humour et dérision. Mais aucun danger de tomber dans le tragique: elle ne fait qu’effleurer ce tabou, en négligeant parfois l’essentiel, comme si on pouvait faire le trajet Québec-Montréal sans s’acheter de hot-dog steamé à quelque part près de Drummondville.

On repassera pour:

L’ambiance. Même si la bande sonore de Larsen Lupin permet d’ajouter un certain effet dramatique, on doit rapidement se rendre à l’évidence: il manque un gros succès de Ritchie Valens pour nous accompagner dans notre tour guidé des États-Unis.

Ce qu’on y voit:

Une femme, début quarantaine, racontant son histoire. Par de nombreux retours en arrière, on se retrouve dans le Maryland des années 60. Tout est réunit pour nous faire revivre son étrange relation avec son oncle Peck, ou presque (voir prochain point).

Ce qu’on n’y voit pas:

Du sexe… Et c’est tant mieux! Qui est-ce que ça intéresse de voir en détails un vieux cochon abuser de sa nièce? Cependant, on aurait aimé y croire davantage. Les ricanements de Violette Chauveau et de Martine Francke sont rafraîchissants – vu la lourdeur du sujet abordé – mais parfois on se croirait dans un sketch de RBO…

Ce qui mérite notre attention:

Le programme nous apprend que Paula Vogel est une figure illustre de la dramaturgie américaine qui, hélas, demeure méconnue ici. Constat: les théâtres québécois se plaisent à jouer et rejouer les grands classiques des Arthur Miller et compagnie. Heureusement, le Théâtre de l’Opsis persiste à nous en faire découvrir d’autres.

Si vous avez aimé, nous vous suggérons:

Le Guide de la route (Éditeur officiel du Québec 2006), véritable bible des apprentis conducteurs qui désirent se risquer sur les routes accidentées du Québec. À conserver sur sa table de chevet ou dans son coffre à gants.

Familles made in USA, trois portraits de familles – présentés en alternance – offerts par autant de jeunes auteures qui représentent la relève de la dramaturgie états-unienne. Issu du Cycle
états-unien, ce projet audacieux sera présenté à l’Espace Libre, du 6 au 23 février 2008.
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Ce texte a été publié dans le webzine P45 (http://www.p45.ca/)