dimanche 17 février 2008

Théâtre : Les mondes possibles en 5 temps

Dernier spectacle de la saison itinérante du Quat’sous, où la métaphysique se superpose à un univers onirique. Présenté au théâtre Prospero, jusqu’au 2 février 2008.

Première scène:

Une scène de crime. Un inspecteur et son assistant, interprétés respectivement par Denis Bernard et Patrice Coquereau, découvrent le cadavre de George Barber (Steve Laplante), la pauvre victime d’un vol par effraction. Ce qui a été dérobé: son cerveau.

Ce qu’on y apprend:

1. Le crâne d’un rat – et peut-être celui d’un humain – pourrait être maintenu en vie artificiellement et avoir assez de force pour avoir envie d’un sandwich.
2. Paul Ahmarani est pas pire le crâne rasé, vêtu d’une blouse blanche et se faisant passer pour un brillant neurologue.
3. Une personne normale pense au sexe à toutes les 2 minutes.

Ça ne parle pas de:

Référendum… bien que par moment, on aurait pu exiger une loi sur la clarté pour comprendre ce qui se tramait devant nous et ainsi, ne pas se faire «fourrer» à la fin en réalisant que ce n’était qu’un rêve (ou un cauchemar)…

Grand soulagement:

Pas que l’on n’aime pas le Théâtre Prospero, mais le Quat’sous nous reviendra dans son célèbre lieu mythique de l’avenue des Pins à l’automne prochain. On est impatient d’admirer sa cure de jeunesse!

Coup de gueule/coup de coeur:

«L’imagination gouverne le monde», disait Napoléon. Devant cette infinité de possibilités, on perd quelque peu le Nord, ne sachant pas trop quoi en penser. Bien que ça manque un peu de colle pour que tout tienne ensemble, on pardonne le manque de rythme de cette première mise en scène d’Arianna Bardesono en se régalant du talent de Patrice Coquereau qu’on aimerait bien voir plus souvent.

Si vous avez aimé, nous vous suggérons:

Le Dictionnaire amoureux de la science de Claude Allègre (Plon, 2005). On y aborde la mécanique quantique. Ainsi, vous pourrez mieux saisir la théorie d’Hugh Everett sur la multiplicité des mondes ainsi que le secret de la chirurgie au laser. Et mieux patienter pour la sortie de Retour vers le futur 4.

Half life, un autre texte signé John Mighton, qui sera présenté au Centaur Theatre du 29 janvier au 24 février. À ne pas manquer: un 5 à 7 précédent la représentation du 6 février, auquel assisteront l’auteur ainsi que les artistes des deux pièces. En espérant que Paul Ahmarani n’y traîne pas sa blouse blanche…
_________________
Ce texte a été publié dans le webzine P45 (http://www.p45.ca/)

lundi 10 décembre 2007

Théâtre: Kiss Bill en 5 temps

Réplique toute en douceur au célèbre réalisateur Quentin Tarantino: la metteure en scène et chorégraphe Paula de Vasconcelos l’affronte en duel dans cette création fleur bleue. À l’Usine C jusqu’au 15 décembre 2007.

Qu’est-ce que c’est?

Une pièce à mi-chemin entre le théâtre et la danse. Alors qu’Alexandre Goyette nous charme avec ses quelques pas de danse, Sylvie Moreau nous épate en ninja. On nage en quelque sorte dans un film d’action, manque seulement le pop corn extra beurre aromatisé au cheddar suisse.

Une larme pour:

Sylvie Moreau, interprétant la chanson Bang Bang (My baby Shot me Down) de Sonny Bono. On n’aura peut-être pas vu ses talents en danse, mais un bref instant, on l’a imaginée chanter l’hymne national avant un match Canadien vs. Maple Leafs.

On se rince l’œil avec:

Les quatre danseurs masculins. On salue le choix de Paula de Vasconcelos. Et on ne se gêne pas pour avouer notre petit faible pour le plus petit (mais non le moindre!) d’entre eux, Kleber Candido. Pour la gente féminine, rien n’est perdu: il y a de quoi s’émouvoir devant la raffinée Natalie Zoey Gauld.

Grande déception:

Ils ne s’embrassent pas à la fin. Pourtant, tout était réuni pour terminer avec un baiser: Alexandre Goyette, dans le rôle du cinéaste, avait tout du Tarantino endurci qui succombe finalement à la belle et sensuelle jeune femme (Natalie Zoey Gauld). Mais non, ce n’est pas un remake de La Belle et la bête, quoique…

Dernière chanson:

Vous êtes seuls mais je voudrais être avec vous, de Nina Simone. Un cri ultime, un brin naïf, comme si l’amour pouvait changer n’importe quel enfer en verte prairie où gazouillent les oiseaux et dansent les brebis.

Si vous avez aimé, nous vous suggérons:

Les textes d’Évelyne de la Chenelière, qui signe le poème de l’amour dans la pièce Kiss Bill. Pour goûter à sa poésie, je vous conseille Des fraises en janvier. Comme remontant, Désordre public, un texte lucide qui a l’effet d’une claque.

Kill Bill I et II, de Quentin Tarantino. Si vous ne les avez jamais vu (mais où étiez-vous ces dernières années?), vous pourrez mieux comprendre l’obsession de Vasconcelos pour Tarantino. Et pour les autres, c’est toujours mieux que de se taper une heure de métro aller-retour juste pour le fun.
_________________
Ce texte a été publié dans le webzine P45 (http://www.p45.ca/)

samedi 1 décembre 2007

Théâtre : Rhinocéros en 5 temps

Rhinocéros, dans une mise en scène de Jean-Guy Legault, transposé – et actualisé – dans une tour à bureaux, à mi-chemin entre le World Trade Center et le Zoo de Granby. Au TNM, jusqu’au 19 décembre 2007.

Personnage le plus attachant:

Benoît Girard, dans le «rôle du vieux monsieur», tellement un petit rôle que l’on n’a pas cru bon de lui donner un nom.

Place à l’amélioration:

Marc Béland se transformant en rhinocéros. On l’attendait avec impatience, cette transformation de Marc Béland en pachyderme. Un peu décevant pour un comédien de la trempe de Marc Béland.

Place à l’amélioration aussi pour la mise en scène de Legault. Une mise en scène débridée dont on ressent malheureusement un certain essoufflement (l’image du pacemaker dont les piles sont à terre conviendrait à merveille) vers le milieu de la pièce, sauvée de justesse (le pacemaker rechargé à même une batterie de char) par la prestance d’Alain Zouvi.

Coup de coeur:

Ce cher Alain Zouvi! Il vole carrément la vedette à Marc Béland, à un point tel que l’on se demande pourquoi ce n’est pas lui qui est sur les affiches promotionnelles.
On n’a d’autre choix que d’acquiescer à ce que dit Lorraine Pintal, directrice du TNM: «[…] le monologue final de Bérenger […] est un véritable morceau de bravoure existentielle». Et j’ajouterais: une bravoure existentielle digne d’un orgasme (ça se peut?).

Dernière réplique:

Bérenger qui s’écrie: «Je ne capitulerai jamais!».

Ne pas aller voir:

Si vous êtes hypocondriaque. Vous risquez de passer les prochains jours à avoir peur d’attraper la «rhinocérite»…

Rhinocérite: n.c.f., maladie de l’âme qui se caractérise par une transformation physique de l’individu en un pachyderme. Symptômes: couleur verdâtre, corne s’élevant au-dessus du nez, perte d’identité et consentement volontaire, mais irréfléchi, de se fondre dans la masse.

Si vous avez aimé, nous vous suggérons:

Ikea. Quelques heures de magasinage dans le magasin suédois – qui soustraite depuis peu en Chine –, vous permettront de dénicher plusieurs accessoires du décor de la pièce. Juste si vous y tenez.

La pièce Théâtre extrême, si elle reprend l’affiche. Présentée l’été dernier au Théâtre d’Aujourd’hui, cette pièce présente la première course à la chefferie du nouveau Parti Populaire du Québec. Écrite et mise en scène par Jean-Guy Legault, elle lui valut tous les honneurs. Mon coup de cœur de l’été.

_________________
Ce texte a été publié dans le webzine P45 (http://www.p45.ca/)

Théâtre : Comment j’ai appris à conduire en 5 temps

Amorcé en 2006, le Cycle états-unien du Théâtre de l’Opsis se poursuit avec un texte signé Paula Vogel, qui lui valut le Pulitzer en 1998. Une rencontre avec nos voisins du Sud, à l’Espace Go jusqu’au 8 décembre 2007.

Thème exploré (voire effleuré):

La pédophilie. Les sujets controversés siéent bien à l’auteure Paula Vogel, qui les aborde avec humour et dérision. Mais aucun danger de tomber dans le tragique: elle ne fait qu’effleurer ce tabou, en négligeant parfois l’essentiel, comme si on pouvait faire le trajet Québec-Montréal sans s’acheter de hot-dog steamé à quelque part près de Drummondville.

On repassera pour:

L’ambiance. Même si la bande sonore de Larsen Lupin permet d’ajouter un certain effet dramatique, on doit rapidement se rendre à l’évidence: il manque un gros succès de Ritchie Valens pour nous accompagner dans notre tour guidé des États-Unis.

Ce qu’on y voit:

Une femme, début quarantaine, racontant son histoire. Par de nombreux retours en arrière, on se retrouve dans le Maryland des années 60. Tout est réunit pour nous faire revivre son étrange relation avec son oncle Peck, ou presque (voir prochain point).

Ce qu’on n’y voit pas:

Du sexe… Et c’est tant mieux! Qui est-ce que ça intéresse de voir en détails un vieux cochon abuser de sa nièce? Cependant, on aurait aimé y croire davantage. Les ricanements de Violette Chauveau et de Martine Francke sont rafraîchissants – vu la lourdeur du sujet abordé – mais parfois on se croirait dans un sketch de RBO…

Ce qui mérite notre attention:

Le programme nous apprend que Paula Vogel est une figure illustre de la dramaturgie américaine qui, hélas, demeure méconnue ici. Constat: les théâtres québécois se plaisent à jouer et rejouer les grands classiques des Arthur Miller et compagnie. Heureusement, le Théâtre de l’Opsis persiste à nous en faire découvrir d’autres.

Si vous avez aimé, nous vous suggérons:

Le Guide de la route (Éditeur officiel du Québec 2006), véritable bible des apprentis conducteurs qui désirent se risquer sur les routes accidentées du Québec. À conserver sur sa table de chevet ou dans son coffre à gants.

Familles made in USA, trois portraits de familles – présentés en alternance – offerts par autant de jeunes auteures qui représentent la relève de la dramaturgie états-unienne. Issu du Cycle
états-unien, ce projet audacieux sera présenté à l’Espace Libre, du 6 au 23 février 2008.
_________________
Ce texte a été publié dans le webzine P45 (http://www.p45.ca/)

mardi 20 novembre 2007

Théâtre : Le problème avec moi en 5 temps

Le Problème avec moi, création «ego-centriste» de Larry Tremblay, présentée à l’Espace Libre jusqu’au 24 novembre 2007.

Le rideau se lève sur:

Un autre rideau! Un rideau de douche derrière lequel s’agite une ombre, couteau à la main, rappelant la célèbre scène du film Psychose. L’univers d’Hitchcock colore aussi bien l’univers visuel et sonore que la mise en scène (Francine Alepin).

Ne pas aller voir si:

Vous en avez marre des pyjamas en flanelle. Les deux comédiens jouent le même personnage, donc Carl Béchard porte la chemise de flanelle à carreaux (qui n’a rien d’excitant), et Larry Tremblay porte le pantalon. Très bien assortis, malgré tout.

Ce qui mérite notre attention:

Les toilettes. Pas celles de la pièce (qu’on ne voit pas car, malgré le rideau de douche, il n’y a que les carreaux de céramique – encore! – qui nous permettent d’imaginer qu’elles existent bel et bien), mais celles de l’Espace Libre, dans un décor de style «art moderne», qui auraient de quoi rendre jaloux le Théâtre du Nouveau Monde. Petite réserve: tant qu’à investir dans la salle de bain, j’aurais trouvé un plus beau pyjama pour notre duo Tremblay et Béchard.

À retenir:

Le décor signé Anick La Bissonnière, dont la sobriété permet d’y laisser pénétrer la lumière sans que les éléments n’envahissent l’espace.

Réplique à mâcher et remâcher:

Léo, ne voulant plus quitter cet homme dont la ressemblance extrême avec lui-même le rassure et l’effraie à la fois, dit à Léo: «Je serai fidèle. Je serai ton ombre». Cette réplique incarne bien l’esprit de la pièce, comme si Jacques Brel tombait amoureux du chien de sa dulcinée.

Si vous avez aimé la pièce, nous vous suggérons:

Abraham Lincoln va au théâtre, une autre pièce de Larry Tremblay. Elle sera présentée à l’Espace Go en avril 2008.
Et Piercing (Gallimard 2006), un recueil dans lequel on peut savourer les mots de Tremblay, notamment à la lecture de La Hache, un texte magnifique qui fût joué au Quat’Sous l’année dernière (trois nominations au Gala des Masques 2006).

_________________
Ce texte a été publié dans le webzine P45 (http://www.p45.ca/)

mercredi 5 septembre 2007

Le vertige d'un "would be pays"

Le vertige de venir d'un would be pays, vertige que le comédien Serge Dupire matérialise en trébuchant sur quelques mots. Comme si s'interroger sur qui l'on est quand on veut justement être libre de toute identité nous menait inévitablement à l'égarement. Dans cette pièce, le spectateur est témoin de cet égarement et il l'incarne tout à la fois.

William Dubé, incarné par Dupire, est dans cet entre-deux : entre le ailleurs et le nulle part. Il est à la fois personne et quelqu'un d'autre. Liberté ou fuite ? Je suis d'un would be pays est une quête identitaire où la fuite nous conduit bien souvent, à notre insu, à nous-même.

Voyage en train côtoyant l'humour et les paysages sexy qui, d'un endroit à l'autre, nous transporte vers l'inconnu, celui qui s'appelle Je.

Je suis d'un would be pays, présentée au Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'aù 29 septembre 2007.

Réflexion du jour...

Pourquoi est-il parfois difficile de tenir le premier rôle dans sa propre vie ?

samedi 7 juillet 2007

Première semaine après mon déménagement : bilan

Il y a une semaine, je débarquais dans un nouveau quartier. Et j'installais mes pénates avec mon chat - fraîchement rasé pour faire face à la canicule qui n'est pas encore arrivée - dans un superbe 3 1/2.

Peu à peu mon nouveau chez moi prend du caractère (le mien!) et je me cogne de moins en moins dans les boîtes en essayant de me frayer un chemin dans le salon. Mis à part mes jambes pleines d'ecchymoses, je me sens bien.

Certes, mon stage à P45 a stagné depuis une semaine, mais je compte bien m'y remettre dès qu'il régnera un semblant d'ordre dans mon appart. Le mois de juillet s'annonce aussi chaud que celui de juin, boîtes à défaire en prime!

Entre mon travail de libraire, mon stage à terminer (et mon rapport à rédiger!), la vie suit son cours... L'été est une bonne occasion pour bouder son appart et s'installer dans un parc, un livre à la main ou sur la terrasse d'un café, devant son portable, question de commencer à vivre de sa plume...

Question du jour

"Le débat contradictoire témoigne-t-il de la vitalité ou du désordre de la pensée ?" - Café-philo des Phares, Carlos Gravito

vendredi 29 juin 2007

Dire adieu... et commencer à vivre, pour vrai!

Aujourd'hui, dernière journée dans mon grand 5 1/2 situé à la frontière des quartiers St-Michel, Mtl-Nord et Ahuntsic. Feu bel appart! Demain, une nouvelle vie commence : plus petit appart, certes, mais avec du caractère! Et mieux situé. Merci à mon ami Maxime qui m'a convaincue de faire le saut. Après 5 ans - et pas une où je ne me suis pas dit que j'aimerais déménager - voilà que ce sera fait demain.

Hier, dernière promenade dans mon quartier. Dernière épicerie au Loblaws du coin. Dernière bouteille de vin à ma SAQ préférée, parce que tout petite. Mais aucun regrets. Non, mais encore! Ce n'est pas facile de laisser derrière soi 5 longues années, durant lesquelles j'ai vécu avec divers petits copains, avec mon cher frère que j'adore aussi. Des relations terminées, mais tant de souvenir qui demeureront à jamais incrustés en ces murs. Ça me fait de la peine tout de même de laisser derrière moi tant de souvenirs : il y avait si longtemps que je n'étais pas restée au même endroit plus d'une année. Bel appart, spacieux, pas cher, mais si mal situé, hein Max?

Oui, j'ai fait le bon choix. Demain, j'aurai un nouvel appart que je décorerai avec un fun fou, il sera plus petit, mais plus chaleureux aussi et il sera près de l'université et de mon travail... ainsi que de nombreux parcs - très bon pour le jogging du matin! Marie, tiens-toi prête! J'arrive! Et Martin, tu m'invites toujours dans ta superbe piscine? ;))

Je ne peux m'empêcher d'être nostalgique... je suis une grande sensible! Mais je vois l'avenir qui m'attend et enfin, demain, je commence une nouvelle vie! Tout changera. Mon quartier, mon appart, tout sera parfait pour moi et Moccha. Seule, oui, mais l'avenir ne me fait pas peur... J'ai confiance en la vie! Adieu appart à Montréal-Nord. Bonjour la nouvelle vie! À demain...